Genève, 6 mai 2024 — À l’heure où un navire de croisière est au cœur d’une enquête internationale après des cas confirmés d’hantavirus, la communauté scientifique rappelle un principe de base : pour l’instant, aucune donnée ne suggère que ce virus puisse se transmettre par voie aérienne. Pauline Vetter, directrice adjointe du Centre des maladies virales émergentes des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), insiste sur ce point clé, tout en soulignant que la situation reste sous haute surveillance. Alors que les autorités sanitaires mondiales peinent à cerner l’ampleur et l’origine exacte de cette flambée, une question persiste : comment un virus aussi peu connu a-t-il pu toucher plusieurs passagers à bord d’un même bateau ?
Les récentes déclarations de Pauline Vetter, relayées par Le Temps, s’inscrivent dans un contexte où l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déjà écarté, dans un premier temps, la possibilité d’une transmission par aérosols, comparable à celle du Covid-19 ou de la grippe. Pourtant, les cas récents, notamment à bord du navire néerlandais immobilisé en mai 2026, ont relancé les débats sur les modes de contamination et les protocoles à appliquer en cas d’épidémie confinée. « Il n’y a pas de preuve scientifique que l’hantavirus puisse être aéroporté », précise Vetter, tout en appelant à la prudence face à l’évolution des connaissances sur ce virus.
Pour comprendre pourquoi les experts restent rassurants sur ce risque, il faut revenir aux fondamentaux de la virologie. Les hantavirus sont généralement transmis par contact direct avec des excréments de rongeurs infectés, ou par inhalation de particules virales présentes dans leur urine ou leurs déjections séchées. Une transmission interhumaine, bien que rare, a été documentée dans des contextes très spécifiques, comme des soins prolongés à des patients gravement atteints. Mais aucune étude ne confirme à ce jour une propagation efficace par l’air, dans des conditions similaires à celles observées sur un navire de croisière.
Un foyer épidémique sous haute surveillance
Le cas du navire de croisière, signalé par l’OMS et les médias internationaux, a marqué un tournant. Deux cas d’hantavirus ont été confirmés, et cinq autres sont suspectés parmi les passagers et l’équipage. Selon les dernières informations de l’OMS, datées du 4 mai 2026, le navire est immobilisé pour permettre une enquête approfondie. Les autorités sanitaires cherchent à déterminer si la transmission a eu lieu avant ou après l’embarquement, et si des mesures spécifiques doivent être prises pour éviter une propagation plus large.
Virginie Sauvage, spécialiste à l’Institut Pasteur, explique que l’identification précise du virus en cause est cruciale pour évaluer le risque de transmission interhumaine. « Chaque type d’hantavirus a des caractéristiques différentes, et certaines souches peuvent être plus virulentes ou plus adaptées à la transmission entre humains », précise-t-elle dans une interview à l’AFP. Pour l’heure, les experts estiment que le risque pour le grand public reste faible, mais insistent sur la nécessité de renforcer les protocoles de détection et d’isolement à bord des navires et dans les zones à risque.
Transmission, symptômes et mesures sanitaires
Les symptômes de l’hantavirus varient selon les souches, mais incluent généralement de la fièvre, des maux de tête, des douleurs musculaires, et dans les cas les plus graves, des insuffisances rénales ou pulmonaires. La létalité peut atteindre 38 % pour les formes les plus sévères, comme le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), selon les données épidémiologiques disponibles. En France, comme dans d’autres pays, les cas sont rares, mais les autorités sanitaires restent vigilantes, notamment dans les régions où les rongeurs porteurs du virus sont présents.
Pour limiter les risques, les recommandations des experts convergent : éviter le contact avec les rongeurs et leurs excréments, désinfecter les espaces potentiellement contaminés, et surveiller les symptômes en cas de voyage dans des zones à risque. À bord des navires, les protocoles sanitaires sont renforcés, avec des contrôles systématiques et une communication transparente entre les compagnies et les autorités de santé publique.
Pourquoi l’OMS et les virologues restent prudents
La prudence des experts s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la rareté des cas d’hantavirus dans les contextes de voyage ou de vie collective, comme sur un navire. Ensuite, la challengingé à identifier rapidement la source de contamination, surtout lorsque plusieurs passagers sont touchés. Enfin, la possibilité que des souches virales moins connues émergent, avec des modes de transmission encore mal compris.
Dans un rapport publié en avril 2024, l’OMS a actualisé la terminologie utilisée pour décrire les agents pathogènes transmissibles par voie aérienne, soulignant l’importance de distinguer les virus à transmission efficace par aérosols (comme le SARS-CoV-2) de ceux pour lesquels la transmission interhumaine reste exceptionnelle. « Nous ne pouvons pas écarter à 100 % la possibilité d’une évolution, mais pour l’instant, les données ne soutiennent pas cette hypothèse », rappelle Pauline Vetter.
Prochaines étapes : vers une meilleure compréhension du virus
Les prochains jours et semaines seront cruciaux pour déterminer si le foyer actuel est le résultat d’une contamination avant l’embarquement, ou s’il s’agit d’une transmission interhumaine à bord. L’OMS et les équipes scientifiques des HUG, en collaboration avec d’autres laboratoires européens, continuent d’analyser les échantillons prélevés parmi les passagers et l’équipage. Les résultats de ces analyses devraient permettre d’affiner les recommandations sanitaires et, le cas échéant, de réévaluer les risques de transmission aérienne.
En attendant, les autorités sanitaires appellent à ne pas céder à la panique. « Le risque pour le grand public est faible, mais il est essentiel de rester informé et de suivre les conseils des experts », souligne un communiqué de l’OMS. Les voyageurs et les professionnels de santé sont invités à consulter régulièrement les mises à jour officielles, disponibles sur les sites de l’OMS, des HUG, et des instituts Pasteur et Robert Koch.
Pour en savoir plus sur les symptômes, les modes de transmission et les mesures de prévention, consultez les ressources suivantes :
- Terminologie actualisée de l’OMS sur les agents pathogènes aériens
- Point de situation de l’OMS sur l’hantavirus (2026)
- Laboratoire de virologie des HUG – Dre Pauline Vetter
Les experts rappellent que la science évolue avec chaque nouvelle donnée. Si les cas actuels ne confirment pas une transmission aérienne, ils pourraient néanmoins apporter des éclairages inédits sur les mécanismes de propagation de ce virus. En attendant, la vigilance et la coopération internationale restent les meilleurs remparts contre toute propagation inattendue.
Vous avez des questions sur les mesures à prendre en cas de voyage ou sur les symptômes à surveiller ? Partagez vos interrogations en commentaire ou partagez cet article pour sensibiliser votre entourage.
